L’INTERVIEW DE LOU DARREL – Dans J’écoute ma petite musique intérieure

LES PETITES HEURES – L’ENREGISTREMENT

La vidéo d’aujourd’hui est un extrait de la journée d’enregistrement des 6 pièces pour piano, les petites heures du compositeur Lou Darrel. C’était au studio de Meudon, sur le magnifique piano Fazioli.

C’est vrai que cette année je pensais plutôt privilégier mes projets « pop-rock » qui se dessinent, mais j’ai vraiment été profondément touchée par la musique de Lou; l’élégance de son écriture, la sincérité de son expression. Je me suis sentie très honorée par ce projet.  J’espère que vous aimerez l’entendre. Voici également sous forme d’un question-réponse,  quelques mots du compositeur à propos de sa démarche, de ses convictions artistiques et de sa façon d’aborder le  processus de création.

 

Marilou N : Lou Darrel, comment décrirais-tu ton travail ?

Lou Darrel : Je dirais que chacune de mes pièces est comme la photographie d’un instant précis, d’un moment particulier, à la fois ordinaire et extraordinaire. J’aime saisir ces moments simples qui, vus sous un autre angle, se révèlent uniques et précieux, et les retranscrire, en me mettant au piano et en improvisant.  Pour Quand le soir tombe par exemple, je me revois très précisément au piano cet été là, captant ce moment particulier où l’après midi laisse sa place au début de soirée, avec tout ce qui varie : la lumière, les couleurs, la fraîcheur qui s’installe doucement et les bruits de la nature qui changent comme si elle se préparait pour la nuit. C’est ce moment bien précis que j’ai voulu mettre en musique. J’aurais pu choisir de capter ces moments autrement que par la musique. Par la photo par exemple. Mais avec le piano, cela me vient facilement, alors j’ai choisi cette façon de faire… Mais je ne me considère pas vraiment comme un « musicien », ni même comme un « compositeur », tant la musique est un art complexe. 

Marilou N : Le fait de vouloir faire de ces instants des pièces de musique, c’est comme en quelque sorte le souhait de les prolonger ?

Lou Darrel: Oui, c’est l’envie de les attraper au vol, de les serrer avant qu’ils ne disparaissent, tant ils sont fugaces, évanescents. Ce ne sont pourtant que des moments simples d’une vie ordinaire, mais un quotidien si inspirant ! 

Marilou N : Oui, le quotidien est extraordinaire…

Lou Darrel: En effet, il suffit de regarder… différemment. Quand j’ai écrit ces pièces, j’y étais particulièrement sensible et je continue de l’être.

Marilou N : La musique n’est pas ta formation initiale, ni ton métier à la base, et tu as pourtant décidé de te former à l’âge adulte ?

Lou Darrel: Oui, mais que c’est difficile ! Je ressentais depuis l’adolescence le besoin de me mettre au piano, mais je ne savais pas en jouer. Je voulais déchiffrer les partitions qu’il y avait à la maison. Alors pour m’aider, ma sœur m’écrivait au crayon de papier le nom de notes sur chaque touche ! Puis, vers la trentaine, alors que j’improvisais de plus en plus, je voyais bien que je tournais en rond. J’ai eu besoin de voir plus loin. J’ai pris quelques cours de piano au conservatoire d’Issy-les-Moulineaux, mais ce n’était pas ce que je voulais. En jouant mes improvisations à mon professeur de l’époque, il me redirigea vers Isabelle Duha, professeur d’harmonie et d’écriture au conservatoire. Et là, ce fut le choc !  Quatre ans de cours particuliers avec une pédagogue formidable, qui eut la patience de partir de très loin avec moi. Elle a commencé par m’apprendre le solfège, l’harmonie puis l’écriture… Tout cela entre 31 et 35 ans, en ayant déjà un métier, une famille… donc avec très peu de temps libre !

Marilou N : Wouaou ! Sacrée implication !

Lou Darrel: Oui, il faut être très motivé, car le travail demandé entre chaque leçon est conséquent. Et puis il faut savoir gérer l’équilibre entre la musique, sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Mais j’avais tellement l’impression de trouver du sens à ce que je faisais et d’avoir mis le doigt sur ce que je cherchais, que je travaillais sans compter…  Et puis, il y avait ces analyses passionnantes des grandes œuvres du répertoire, de Bach à Fauré, qu’Isabelle faisait avec passion, et cette période  me fascinait. Bref, tout devenait limpide. J’arrivais enfin à mettre des mots sur ce qui me touchait en musique… 

Marilou N : As-tu eu des moments de doutes, genre « ça me prend trop de temps, j’arrête » ?

Lou Darrel: Non, pas du tout. Je voulais vraiment aller jusqu’au bout.

Marilou N : Comment décrirais-tu ta musique stylistiquement ?

Lou Darrel: Elle n’est ni néo-classique, ni minimaliste. Ce sont pourtant les deux courants actuels de musique contemporaines qui s’en rapprocheraient peut être le plus.  Je dirais que c’est plutôt une forme de musique tonale qui prend ses aises, qui ne cherche pas à être stricte avec les règles d’harmonie. Une musique « tonale élargie » pourrait-on dire.  Certains diront que ma musique est totalement anachronique et que cela n’a aucun sens d’écrire une telle musique aujourd’hui. Je m’en fiche pas mal. 

Marilou N : Ce qui me parait vraiment important, c’est en effet d’écrire quelque chose qui nous ressemble avant même que de se poser des questions stylistique, non ?

Lou Darrel: Oui, et bizarrement je n’ai jamais eu de difficulté à « trouver mon style ». Je l’ai eu tout de suite, sans le vouloir, même si l’harmonie de ma musique a bien évidemment évolué entre la musique que je faisais avant de rencontrer Isabelle Duha et celle que je compose aujourd’hui.

Marilou N : Qu’est-ce que tu prévois pour la suite ?

Lou Darrel: J’aimerais bien enregistrer certaines pièces pour piano solo que j’ai écrites avant « les petites heures ». Il y a des pièces de jeunesse, très rêveuses, et d’autres, dans un style plus minimaliste.  Et surtout, j’adorerais enregistrer le travail que je suis en train de finir pour quatuor à cordes. Un beau défi, mais qui a besoin de temps de mise en place, et donc de financement… 

Marilou N : Quelle est ta méthode de travail ?

Lou Darrel: Je travaille au piano (enfin, tant que le nombre de voix reste raisonnable ;)). Cela commence généralement par une cellule mélodique qui, au fil des improvisations, semble revenir comme si c’était celle là qu’il fallait que je choisisse. Puis le reste vient, en jouant et en essayant de développer cette cellule, comme si je tirais le fil d’une pelote de laine. Surtout, je ne me mets aucune barrière quand je joue : Ce n’est pas bon ? Pas grave, demain, ça sera oublié. C’est bien ? Tiens, je vais quand même noter ce passage, même si, quand c’est bien, je sais que je m’en souviens le lendemain (mais sait-on jamais ;)) Et puis, il y a surtout « la 2ème fois », ce moment où je rejoue l’improvisation que je trouvais « heureuse » quelques jours auparavant. C’est mon filtre naturel et la sentence est généralement sans appel.

Marilou N : Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter ?

Lou Darrel: Oh, de grandes heures aux « petites heures »;) Je pense qu’elles ont suffisamment de matière pour intéresser des pianistes curieux et pourquoi pas être jouées en concert. Elles le méritent, non ? Alors, avis aux programmateurs et directeurs artistiques de festivals, je compte sur vous ! 😉

Pour plus d’infos sur http://lou-darrel.com/

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